Portraits de femmes engagées dans l’ESS : interview de Jocelyne Le Roux
« Je suis convaincue que les femmes joueront un rôle majeur dans les transformations à venir, notamment sur les questions de santé, d’écologie et de solidarité. »
Nous bouclons cette série de rencontres avec des femmes entreprenant dans l’économie sociale et solidaire, par cet entretien avec Jocelyne Le Roux, présidente déléguée de la Mutuelle Mutami, vice-présidente de la Mutualité française de Bretagne (MFB) et membre du conseil d’administration de la Cress Bretagne.
Parcours
Quel est votre parcours ?
« Je suis actuellement présidente déléguée de la mutuelle Mutami une mutuelle santé dont le siège est à Toulouse, et également vice-présidente de la Mutualité Française de Bretagne (MFB). J’évolue depuis plusieurs années dans l’économie sociale et solidaire (ESS), un secteur en parfaite adéquation avec mes convictions. J’ai toujours été animée par l’idée que l’économie doit avant tout être au service de la société. Mon parcours s’est construit autour de plusieurs enjeux indissociables : la santé, la solidarité et, aujourd’hui, la transition écologique.
Avec le temps, j’ai acquis la conviction que notre santé dépend étroitement de notre environnement, de notre alimentation, ainsi que de la qualité de ce que nous produisons et consommons. C’est ce qui m’a amenée à créer des passerelles entre des univers qui dialoguaient peu : la santé, l’agriculture, les mutuelles et l’économie sociale et solidaire (ESS). Pendant longtemps, la santé a été pensée uniquement à travers le soin et l’hôpital. Or aujourd’hui, on a compris qu’elle se joue bien en amont dans l’alimentation, l’environnement ou encore la qualité de l’air, de l’eau et des sols.
C’est pourquoi je m’intéresse aujourd’hui plus particulièrement à la santé planétaire. Elle dépend directement de la manière dont nous produisons, consommons et organisons notre société. Investir dans une agriculture plus saine, une alimentation de qualité ou la prévention n’est pas seulement un enjeu écologique : c’est aussi une question de justice sociale et de santé publique.
Comment êtes-vous entrée dans l’ESS ?
« Ce n’est pas le résultat d’un plan de carrière, mais plutôt de rencontres, d’opportunités et, surtout, d’une quête de sens. À un moment donné, je me suis interrogée sur le type d’économie dans leaquelle je souhaitais évoluer : une économie productiviste, parfois au détriment de la santé et de l’environnement, ou une économie tournée vers les besoins des personnes et de la société. L’économie sociale et solidaire (ESS) s’est alors imposée comme une évidence, car elle permet d’agir concrètement. ».
Avez-vous rencontré des obstacles spécifiques en tant que femme ?
« Comme beaucoup de femmes, j’ai souvent ressenti le besoin de prouver davantage ma légitimité. Mais j’ai aussi croisé des femmes inspirantes, qui ont ouvert des chemins, porté des projets et montré qu’il était possible d’inventer d’autres manières de diriger et de coopérer. ».
Place des femmes dans l'ESS
Quelle place occupent les femmes dans l’économie sociale et solidaire (ESS) aujourd’hui selon vous ?
« Les femmes occupent une place centrale dans l’ESS : parce qu'elles font vivre les associations, les mutuelles et les structures de solidarité. De nombreux métiers du soin, du social ou de l’éducation reposent largement sur leur engagement. Cependant, un paradoxe persiste : si elles sont très présentes sur le terrain, elles restent moins nombreuses dans les instances de décision. L’ESS, porteuse de valeurs d’égalité et de justice, a donc une responsabilité particulière pour être exemplaire sur ces questions ».
Avez-vous constaté des évolutions depuis vos débuts ?
« Les choses ont évolué et continuent de progresser d’ailleurs. On parle beaucoup plus de questions d’égalité professionnelle, de gouvernance partagée ou encore de leadership féminin. Pour autant, il reste du chemin à parcourir pour que ces principes se traduisent pleinement dans les faits. ».
Les femmes doivent-elles encore prouver davantage que les hommes ?
« Cela reste une réalité dans certains cas, même si la situation évolue. Le plus important est de construire des environnements professionnels où la compétence et l’engagement priment sur les stéréotypes, encore trop présents. ».
Les femmes sont-elles plus exposées à certaines formes de précarité ?
« Oui, notamment en raison de la structure même de notre économie. Les métiers du soin, du social ou de l’aide à la personne, sont majoritairement occupés par des femmes. Ils sont souvent moins valorisés et moins rémunérés. Par ailleurs, les femmes assument encore une part importante des responsabilités familiales, ce qui peut freiner certaines opportunités professionnelles. ».
Que faudrait-il changer en priorité pour améliorer la sécurité et le respect au travail ?
« Il est essentiel d’instaurer une culture claire du respect et de l’égalité au sein des organisations. Cela passe par la prévention des discriminations, la transparence des décisions et une gouvernance plus équilibrée. ».
Projections
Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui débute dans l’ESS ?
« De ne pas attendre qu’on lui donne la permission de prendre sa place. Il faut la prendre.
Si elle a une idée ou une conviction, elle doit l’exprimer. Dans l’économie sociale et solidaire (ESS), les initiatives individuelles peuvent réellement devenir des projets concrets. ».
Comment voyez-vous la place des femmes dans l’ESS dans 10 à 20 ans ?
« J’espère que dans 20 ans, même 10 ans, la question de la place des femmes ne sera plus une question, parce que l’égalité sera vraiment devenue la norme. Je suis convaincue que les femmes joueront un rôle majeur dans les transformations à venir, notamment sur les questions de santé, d’écologie et de solidarité. ».
Quel message souhaitez-vous partager à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes ?
« Pour moi, cette journée, c'est à la fois une journée de mémoire et d'action. Elle nous rappelle que les droits dont nous bénéficions aujourd'hui ont été obtenus grâce à des luttes. nMais elle nous rappelle aussi qu'il reste beaucoup à faire, notamment pour construire une société qui soit vraiment égalitaire et où chacun ou chacune peut y contribuer. ».
Contact
Charlotte Fellman - cfellmann@cress-bretagne.org
Anne Poterel Maisonneuve - apoterel-maisonneuve@cress-bretagne.org

















